François Brunner

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François Brunner : le journalisme sous la peau
Les adieux d’un grand serviteur de la Ronde Finistérienne

Nous sommes au cœur des années 70. Saint-Ouen se désindustrialise. José Farias, qui fut un joueur emblématique du Red-Star, entraîne le club qui se délite. L’argent de Doumenc, le « milliardaire rouge » n’a pas suffi. François Brunner a 15 ans. Il est pupille de la nation. Il se prépare à vivre sept ans dans la marine. Il évoque brièvement cette période. Il se sent plus intelligent que les autres, accumule les diplômes militaires, réussit son baccalauréat. C’est un battant, il le restera tout au long de sa vie. Ouf, il a quitté les commandos marine ! Il a repris ses études. Il a 22 ans, il est bientôt licencié en droit.  
Vers 1985, François Brunner, si précis dans ses reportages, reste flou dans les dates, devient brestois. L’écriture l’attire. Il compose des poèmes. Il détient 500 en réserve. Aujourd’hui, son épouse suggère qu’ils doivent être publiés. Bientôt, quand 2018 le libérera de ses occupations actuelles, il pourra choisir de se consacrer à sa vocation littéraire. Ne brûlons pas les étapes, dans les années 80, il doit gagner sa vie. Et nous le retrouvons chez un graphiste : Jean-Paul Mellouet. Il démarche pour récolter la publicité pour le Trobroleon. Chez Jean-Paul, il rencontre Louis Bihannic. L’entente est immédiate. Pendant 13 ans, il sera régisseur de la Mi-Août Bretonne.
L’amitié de Jean-Paul Ollivier et de Raymond Poulidor
A la Mi-Août Bretonne, il rencontre deux hommes qui le marquent : Jean-Paul Ollivier et Raymond Poulidor. Il va les retrouver chaque année. Déjà, il a mis un pied à la radio. Grâce à Yves Pouchard, le responsable de Radio Corsaire, à Morlaix, il s’initie au journalisme par téléphone. Il écrit ses textes, avant de les lire. L’expérience dure un an. C’est dans cette période que France-Télécom lance ses premiers forums, fondés sur des échanges téléphoniques. Il en assure l’animation.
François Brunner s’ancre de plus en plus dans le journalisme. Il a des contacts avec Georges Cadiou. Pendant une année il « pige» pour Radio Breizh-Izel.  A la fin de la mi-août, il se met au service de Radiogramme, Europe 2. Il pige aussi pendant un temps pour RTL qui lui offrira de rentrer à la rédaction. Pour des convenances personnelles, il devra refuser cette opportunité. L’enfant de Saint Ouen, le familier du Red-Star est reporter téléphonique pour le football. Il voyage  en compagnie d’Yvon Joncour, du Télégramme, et d’Yves Scherr, d’Ouest-France. Cette pérégrination à travers la France correspond à six ou sept ans de sa vie.
« Avec la gueule que tu as ! »
François Brunner ne peut se résoudre à rester pigiste. Il a de l’ambition et se sent compétent… « Et avec la voix et la gueule que tu as… » complète Rachid Haddad, son maître, au CFJ… Car il s’est fait admettre au Centre de Formation des Journalistes, à Paris. Pendant deux années, il pige pour TF1, FR3, RTL, se lie à Ollivier de Kersauson, qui lui ouvre le monde de la voile. Il obtient son diplôme, reçoit sa carte de presse. Il est prêt pour un nouvel élan.
Briec Bounoure, le président des Albatros, se plaint que le Hockey sur glace manque de couverture médiatique. Pourquoi ne pas créer une radio-partenaire ? Briec Bounoure la finance totalement. Pendant quatre ans, François Brunner porte à travers la France la bonne parole du club Brestois. Quand il va à Grenoble, Yvon Etienne s’intéresse, lui demande des directs pour RBO et Radio Armorique.
Radio Emeraude : l’appui de Pierre Adam et Joël Marchadour
En 1995, La carrière journalistique de François Brunner prend une orientation définitive. Radio Emeraude est alors une radio associative, dirigée par Serge Liorzou. François Brunner pense qu’elle offre une possibilité de développement important dans une région dont l’attrait est méconnu, faute de communication efficace. Le petit livre, placé dans les boîtes aux lettres, souvent jeté à la poubelle, ne remplit guère cet office. Pierre Adam, le maire de Kernilis, et Joël Marchadour, le président de la communauté du Pays de Lesneven/Côtes des Légendes, visités, partagent son point de vue. Ils vont l’aider. François Brunner, conforté par ces édiles représentatifs, n’a plus à réfléchir. Il s’investit à cent pour cent dans le projet.
La part du vélo dans une radio généraliste
Radio Emeraude est une radio généraliste. Mais la Bretagne entière est une terre bénie du vélo. Le Pays de Lesneven/Côtes des légendes et toute la région alentour ne trahissent pas cette vocation. Jugeant que les autres radios se contentent de couvrir quelques épreuves prestigieuses, François Brunner décide de consacrer ses reportages à des courses moins huppées, mais qui reflètent l’âme d’une population. La renaissance de la Ronde, à l’aube des années 2000, sous la présidence de Jean-Paul Pailler, l’enchante. Pour lui, les étapes de la Ronde ont la saveur d’une kermesse d’autrefois, des festivités auxquelles il est régulièrement invité, partageant les repas avec tous les organisateurs et les animateurs, Dédé Kerriou, Daniel Quéguiner et tous les autres. Pour lui, la Ronde, c’est un retour à la jeunesse.
Il faut aimer les hommes
« Les diplômes ne comptent pas. Pour être un bon journaliste, il faut aimer les hommes » : C’est ce que lui a affirmé Jean-Paul Ollivier. François Brunner en a fait sa maxime. Et bon dieu, qu’il a aimé les Philippe Dalibard, Jean-Louis Conan, Jakez Lamour et Pierre-Henry Menthéour (« il avait un fichu caractère, mais il aimait bien ma gueule ») ! Il a  beaucoup aimé aussi Rodolphe Henry. Aujourd’hui il apprécie nombre de jeunes coureurs. Il observe que des garçons comme David Chopin, Fabien Schmidt ou François Urien s’expriment avec beaucoup d’intelligence.
Comme à la télévision
François Brunner veut donner à l’auditeur les mêmes sensations qu’il éprouve devant la télévision. Il privilégie ainsi les conditions du direct, intervient à mi-course, saute sur le podium, offre des interviews à chaud, joue avec les voix, celles des coureurs, du speaker, la sienne, mêle les enceintes, puis prend du recul, c’est le temps du club… Il sait qu’il est attendu. Il se veut professionnel irréprochable.
En guise d’adieu
Un livre serait nécessaire pour conter les mille péripéties, les rencontres, ou les scoops obtenus par François Brunner. Celui d’Yves Scherr et d’Alain Guillou, l’avocat fiscaliste, intitulé : « Les quatre Vérités du football français » (Editions Spengler) relate, page 219, un scoop étonnant de François Brunner. Alain Guillou a succédé à Charly Chaker au poste de président du Brest-Armorique. Avant ce match-aller de 1991 opposant Angers au Brest Armorique, Alain Guillou affirmait encore : « Nous nous sauverons ». Il est mutique en cette soirée décisive où Angers mène 3 à 0, sous l’œil de Raymond Kopa. François Brunner réussit à faire avouer à cet avocat expérimenté que « le bilan allait être déposé, que le Brest-Armorique était mort ». Laissons ce haut fait journalistique en guise d’adieu, illustration du travail accompli par François Brunner…
En 2018, la Ronde Finistérienne aura perdu un homme qui l’aura fidèlement servie. Il méritait bien cet hommage. Exit le journaliste, place au poète. François Brunner ouvrira largement les portes de sa propriété de Loches, en Touraine, à ses cinq enfants. En Touraine, en Anjou, il n’y a pas de courses cyclistes. Elles font partie heureusement du patrimoine breton. En un ultime message, il demande à tous d’aider les clubs à assurer la pérennité des épreuves bretonnes, celles où il s’est tellement investi, qui lui ont procuré tant de bonheur.

Daniel Kerh