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Dimanche, 3ème étape de la Ronde Finistérienne à Pencran :
Une terre de cyclisme, grâce à Jean-Yves Emily et … Gigi l’Amoroso

Jean-Yves Emily aime le sport, le football et le vélo. Il y a du Louis Nicollin en lui, mais c’est un Louis Nicollin sage. Le cyclisme doit beaucoup autour de Landerneau à cet industriel perspicace qui diffusa les « Remorques Rolland » dans un Tour de France parfait, n’oubliant aucune parcelle du territoire. Ainsi le monde agricole a connu Pencran. Quant au club de Landerneau, il se réjouit depuis plusieurs décennies de l’appui de ce mécène passionné. Ainsi, en 1991, par l’intermédiaire de Guy Le Gall, ancien vainqueur de l’Esssor Breton et marchand de cycles retraité, Jean-Yves embaucha Jakez Lamour comme agent de logistique, un métier polyvalent qui est toujours le sien. Jean-Jacques, le bien- aimé des foules qui assistaient aux nombreuses courses des années 80 et 90, est resté fidèle à Jean-Yves Emily et à Pencran. Un homme fidèle ? Hum, attendez les dernières lignes…
Le temps est passé et les jeunes ne savent pas quel talent possédait Jakez, rouleur puissant, sprinter redoutable. Outre ses deux victoires dans la Ronde, en 1993 et 1994, son palmarès plaide pour lui. Rappelons ses succès dans l’Essor Breton 1984, le Tour du Finistère 1986,  une étape du Ruban Granitier 1988, trois étapes dans la Mi-Août Bretonne. Ce n’est qu’un aperçu dans une carrière cycliste qui aurait mérité l’accès au professionnalisme. Les circonstances en ont décidé autrement.
Pour Jakez, le cyclisme a toujours été une fête
… Mardi soir, 18 juillet, nous avons eu un bref entretien avec Jakez ? Sous la rudesse de l’homme se cache un homme courtois. Il était 21 heures trente. Il revenait du travail. Il n’avait pas pris sa douche et le repas l’attendait. Il avait supporté l’écrasante chaleur d’un jour orageux. Il déboucha une bière afin de supporter ces minutes de conversation qui l’éloignaient encore de son repos bien gagné. Un autre nous aurait emmenés promener. Et il aurait eu bien des excuses d’agir ainsi, car nous ne l’avions  pas cité comme favori, lors du Championnat du Finistère qu’il remporta en 1984… à Pencran, l’un des deux titres départementaux qu’il remporta. Mais les Championnats n’ont guère souri à Jakez qui précise :
« Mais en 1994, je marchais comme un avion. Ce fut Camille Coualan qui triompha. Onzième, je n’aurais jamais dû perdre le championnat de Bretagne. Qu’importe, je ne pleure pas, le cyclisme pour moi, c’est toujours une fête ! Mes meilleurs souvenirs de la Ronde, ce sont les casse-croûte d’après-course, avec mes potes, Jean-Louis Conan et Pierre-Henri Menthéour. Je n’ai jamais vraiment fait le métier. Je n’ai jamais renoncé à une bonne platée de frites ou une bière avant le départ d’une épreuve. Je marchais au moral, au tempérament, pas à la diététique. Je ne critique pas, en rappelant cela, les coureurs d’aujourd’hui, qui sont si sérieux. Je les juge courageux. Ils donnent tout d’eux-mêmes, alors que l’argent des prix et des primes s’est raréfié. Moi, je ne levais pas le cul de la selle au-dessous d’un billet de cent francs. Ils n’ont plus cette possibilité de choix, ce qui renforce mon admiration.
Il apprécie tous les coureurs qui seront dimanche à Pencran
« Non, je ne donnerai pas de pronostics pour dimanche, car j’apprécie tous les coureurs. Mais j’applaudirai le vainqueur. Ce qui est formidable dans la Ronde, c’est que parmi les vainqueurs ou même ceux qui ont obtenu des places d’honneur, se révèlent des coureurs qui sont passés ou passeront professionnels, Valentin Madouas hier ? Thibault Guernalec demain. »
Gigi l’Amoroso : une belle légende ?
Après avoir quitté Jakez, j’ai relu « Vélo-Star » de juillet, la revue consacrée aux anciennes grandes gloires du cyclisme. Notre ami Pierre Le Bars évoquait dans un article les frères Lamour, Claude et Jean-Jacques, véritables icones du cyclisme breton. Il indiquait que Loïc Le Bourhis, le speaker, avait surnommé ce dernier « Gigi l’Amoroso ». Les mauvaises langues, ou les biens informés, prétendent qu’en 1980, Dalida, qui avait fait exploser la grande salle de Penfeld, s’était  laissé séduire par Jakez. « Il avait dix-huit ans. Il était beau comme un enfant ». Vérité ou légende, les années ont coulé, sereines. Catherine, la mère des enfants de Jakez, a-t-elle pardonné ? Mais y-a-t-il à pardonner ? Jakez, dont on sait la franchise, de cette rencontre improbable n’en a jamais parlé.

Daniel KERH