Rétrospectives

Le facteur Graignic avait sonné trois fois

« Bonjour Hubert ! Je suis le secrétaire de la Ronde Finistérienne qui fête cette année ses quarante ans et le bureau souhaite inviter le 15 aout à Plounéour-Trez, lors de la 8ème étape, le maximum de lauréats de cette épreuve. Il est même envisagé de vous regrouper sur le circuit en tenue de coureur et le nombreux public sera, j’en suis sûr, ravi de vous retrouver. Au fait, que devenez-vous depuis votre retrait de la compétition ? ».

« Après avoir réussi le concours des PTT à Paris, j’exerce le métier de facteur à Guidel depuis 1984, j’avais vingt-sept ans à cette époque et cinquante-quatre aujourd’hui » me répondit d’une voix calme et posée l’ancien Pro de l’équipe Sem France Loire en 1982 et 1983.

« Combien de victoires à votre actif, mon cher Hubert, depuis vos débuts en 1ère catégorie ? ».

« Environ quatre-vingts, je pense » rétorqua Hubert qui, sa modestie l’honore, oublia de préciser qu’il s’était mis dans la besace les Boucles de la Mayenne en 1983, Manche-Atlantique en 1984 et Manche-Océan en 1984 et 1988.

« Vous rappelez-vous en quelle année vous avez remporté la Ronde ? ».

La réponse jaillit aussi vite que ses démarrages ravageurs d’autrefois « En 1989, six épreuves figuraient au menu et j’avais conservé le maillot jaune du début jusqu’à la Finale qui se disputait à Briec-de-l’Odet ».

« Bien vu Hubert ! Combien d’étapes vous êtes-vous adjugé et devant qui ? » Questionnais-je alors avec malice.

Bien plus rapidement que notre Président Favé ramassant cinq coques dans la baie de Goulven, le gentil Hubert débita sans sourciller « Trois ! Je m’étais cogné la 1ère épreuve à Kerfeunteun devant Eric Jacob et Jean-Luc Poder, j’ai gagné aussi à Saint-Jacques-en-Guiclan devant Jimmy Delbove et Philippe Quéméneur et enfin à Pleyben où Dominique Tulo finissait second et Jean-Pierre Halleguen troisième ! ». Quelle mémoire phénoménale, pensais-je, ébahi ! Je n’eus pas le temps de lui poser la question que le citoyen de Moëlan-sur-Mer s’empressa de rajouter « Au classement final, si je me rappelle bien, j’avais distancé Halleguen d’une trentaine de points (34 exactement) et Eric Jacob d’une soixantaine (61 !) ». Fermez le ban ! Trop fort l’Ami Hubert !

Je ne pus résister à l’envie de demander au facteur guidelois « Pourquoi votre surnom de Bibiche ? ».

« C’est ma mère qui avait commencé, mes supporters lui avaient emboîté le pas et  mes copains coureurs ensuite ».

« Avez-vous réussi à garder la ligne, mon cher Hubert ? ».

Le 12ème de l’Etoile de Bessèges en 1982 répondit en souriant « Je pèse 73 kg pour 1,81 m. Je parcours 13000 kms par an sur mon vélo, 3000 pour déposer le courrier et 10000 pour garder la forme. J’entraîne les cadets de l’UC Quimperlé et je pratique avec assiduité le kayak de mer ». « J’ai encore la pêche » Rajouta, tout simplement, le lauréat du Grand Prix Gilbert Bousquet 1987.

« Mon petit doigt m’a dit que, lors de vos tournées, vous chantez à tue-tête, un peu comme Henri Genès autrefois avec sa fameuse ritournelle du facteur de Santa Cruz «  Ohé les Guidélois/J’apporte le courrier/Ohé les Guidélois/Voici les P.T.T. ».

« Ton petit doigt t’a menti mais, après mon travail, lorsque la pluie tombe sur les carreaux, je me laisse volontiers bercer par la divine interprétation du sublime et regretté Yves Montand « A bicyclette ». Au fait, ne m’as-tu pas dit que la commune de Plounéour-trez est sise au bord de l’eau ? Super ! Je serai sur place le 14 aout avec la caravane et…mon vélo » Précisa, pour mon plus grand plaisir, le triple vainqueur du Circuit du Ponthou.

Qui a osé dire que les facteurs apportaient souvent des mauvaises nouvelles ? Pas Hubert Graignic en tout cas !

Alain Podeur membre du bureau de la Ronde

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