Rétrospectives

Jacques Kerneis, le Polonais de service

Quand je lui eus expliqué les raisons de mon coup de fil, l’emblématique Jacques Kerneis me répondit de sa voix calme et toujours aussi posée « Mais évidemment que je me rendrai à Plounéour-Trez, le 15 aout, pour les retrouvailles avec les anciens lauréats, je dois bien çà à la Ronde, tu ne crois pas ? Je lui ai fait, l’an dernier, quelques infidélités dues à mon manque d’entrainement par rapport au boulot. Si, si, tu peux me croire, je ne te raconte pas de salades ! ».

« Justement, mon cher Jacques, vous en vendez, il me semble ! Des précisions sur votre métier, s’il vous plaît ! ».

« J’exerce à Guipronvel la profession de maraîcher ou, si tu préfères, de producteur de légumes selon les méthodes intensives de culture. Je ne perds pas de temps à ramasser deux radis par ici, trois oignons par là, tu piges, Alain ? ».

« Tout à fait, Jacques ! Mais, je vous l’avoue sans fausse honte, je me sens plus à l’aise à discourir de cyclisme. Combien de victoires à votre palmarès en 1ère Catégorie ? Plusieurs, je présume ! ».

« Pas du tout ! Tout au plus une bonne dizaine ! » Précisa d’une voix trainante cet amoureux transi de notre feuilleton de l’été en rajoutant « Ah ! Mon arrivée en solitaire à Briec en 2006, j’avais fait un truc ce jour-là ! 10 tours tout seul, t’imagines ! A 26 ans et devant des cadors, tu peux me croire ! ». Exact ! J’y assistais !

« Vous avez gagné la Ronde en 2003 et 2007, vous rappelez-vous des noms des valeureux troisièmes ? ».

« Oh, que oui ! Ils étaient Polonais tous les deux ! Piotr Zielinski en 2003 et Radoslaw Blaszka en 2007 ».

« Vous en avez bavé en 2003, mon pauvre Jacques, avec ce diable de Piotr ! Je faisais mon noviciat sur la Ronde cette année-là et je m’étais placé dans la terrible côte menant à l’arrivée. Les deux premiers au Général, un tour dans les carreaux, s’invectivaient, chacun dans sa langue, et montaient la bosse à la vitesse d’un escargot. Et cette image ! Quand la plantureuse factrice de Pleyben, avec son vélo à sacoches, vous a laissés sur place en vous traitant de trop payés et de fainéants ! Vous avez eu raison d’apprendre le Polonais au lendemain de ce jour mémorable ! En 2007,  Radoslaw voulait vous planter mais il avait fini dans les choux, aux points, derrière vous ».

« Si je vous dis que votre père spirituel vous aimait beaucoup, à qui fais-je allusion ? ».

« Ah ! Ah ! Ah ! JPP ou Jean-Paul Pailler, si tu préfères ! » S’esclaffa le quadruple vainqueur d’étape sur la Ronde ».

« Quels coureurs vous ont le plus marqué sur cette Epreuve ? ».

« Stefan Ravaleu pour sa classe, son opiniâtreté et Benoît Jouanigot, la gentillesse faite homme ».

« Certains de vos amis affirment que vous vous pesez cinq fois par jour ! Une plaisanterie, je suppose ? ».

« Ils exagèrent, Alain ! Avec mes 61 kg pour 1,72m, pourquoi monter sur la balance, je ressemble plus à un poireau qu’à un potiron ! Avec mon boulot dans la journée et du vélo, le soir, je ne risque pas de prendre du lard ».

« Vous avez été surpris à Ménéham, une coupe de champagne à la main, lors du passage du TPLCL ! On croit rêver ! Serait-ce un soupçon de dévergondage, pauvre Jacques ? Si tel était le cas, j’en serais fort marri ! ».

« Je n’ai pas osé dire non à l’Adjoint aux Sports du Folgoët ! » se justifia, tout penaud, mon si sobre Champion.

« Vos potes jalousent, je crois, votre voix de ténor à nulle autre pareille ! ».

« Des salades que tout çà ! Ce sont vraiment des navets quand ils s’y mettent ! Je ne connais qu’une comptine et, qui plus est, en rapport avec mon métier, je te la chante si tu veux mais, on est d’accord, motus et bouche cousue « Savez-vous planter des choux/A la mode, à la mode ?/Savez-vous planter des choux/A la mode de chez nous ? ». Un vrai ténor, le Jacques ! Affirmatif !

Alain Podeur membre du bureau de la Ronde

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