Rétrospectives

Joseph Le Douarin le récidiviste

« Bonjour, c’est Joseph Le Douarin ! Vous avez appelé chez moi, hier, au sujet de la Ronde Finistérienne ! Mon épouse m’a expliqué l’objet de votre coup de fil et je constate avec un grand plaisir que l’on se souvient de moi dans le milieu cycliste. Bien entendu, vous me verrez à Plounéour-Trez le 15 aout, cela coule de source ! ».

« Merci infiniment, Monsieur Le Douarin, j’en suis très flatté à l’instar du Comité que je représente aujourd’hui ! Vous êtes, ne l’oublions pas, le premier vainqueur de la Ronde, en gardez-vous encore des souvenirs précis ? ».

« Oh, que oui !...Alain, c’est bien çà ? Moi, c’est Jo ! J’ai eu 75 ans le 2 Avril mais, je touche du bois, ma mémoire ne me fait pas défaut pour l’instant et je peux te préciser que ce feuilleton estival, créé en 1963 par Yves Scaon, comportait treize épisodes. Mes suivants immédiats se nommaient Marcel Flochlay et André Quéméré et je faisais coup double à la Finale de Scaër en remportant l’étape et en enfilant le Maillot jaune. J’avais une revanche à prendre car, lors de l’épreuve précédente à Chateauneuf-du-Faou, les quatre premiers du classement, Flochlay, Quéméré, Roger Troadec et moi-même, s’étaient littéralement sabordés ! Michel Bonnet (CC Lorient) nous avait doublés à 20 km du but et, sous les sifflets et selon le règlement de l’époque, on s’était fait éliminer bêtement ce jour-là ! ».

« Vous aviez à nouveau revêtu le costume d’acteur principal l’année suivante, me semble-t-il ? ».

« Tout à fait ! Pourtant, lassé de ces marquages au cuissard lors de la 1ère édition, j’avais décidé de ne pas repartir pour une nouvelle aventure en 1964. Mais, après avoir snobé l’épreuve de Saint-Thois, je faisais une rentrée victorieuse à Leuhan en l’emportant devant Félix Le Buhotel et François Goasduff. Au classement final, Flochlay terminait à nouveau second et François Le Vot, le Landivisien, prenait la troisième place ».

« Combien de victoires accrochées à votre tableau de chasse, Monsieur Jo ? ».

« Une centaine ! Ah ! Quel beau souvenir que celle de Sainte-Anne d’Auray en 1957, juste avant de partir au « Sapin » en Algérie, j’avais 20 ans ! Simon Le Borgne, le futur Pro, finissait 3ème. Au retour du service militaire, des crises de paludisme se manifestaient dès les premières chaleurs mais cela n’a pas duré, fort heureusement ! J’exploitais une ferme à Ploëren et, durant toute ma carrière, j’ai été licencié à l’UC Auray dans la Catégorie « Indépendant ».

« Quelques anecdotes, mon cher Jo, sur votre brillante carrière ? »

« Une foultitude, mon pauvre Alain ! Ah, ce Grand Prix de Plouay 1963 remporté au sprint par Fernand Picot ! J’avais fini 4ème, Georges Groussard le confirmait, mais, à ma grande stupéfaction, Jean Gainche fut classé avant moi ! J’avais pris ma revanche quinze jours après en le pointant du 1er au dernier km à l’épreuve de Pont-L’Abbé où je terminais 2ème derrière Félix Le Buhotel. Et cette 1ère étape de l’Essor Breton 1962 ! Je fus victime d’une crevaison au 3ème km, le vélo équipé de boyaux neufs ! J’avais dû effectuer un contre-la-montre de 150 km ce jour-là ! Le travail à la ferme me prenant trop de temps, je mettais un terme à ma carrière en Mai 1967 à Fay-de-Bretagne, mais quel pied ce jour-là ! Cyrille Guimard en personne me battait au sprint mais on avait mis un tour au peloton ! ».

« Vos impressions sur vos adversaires de la Ronde, peut-être ? ». Le citoyen de Ploëren répondit sans hésiter :

« Marcel Flochlay fut sans aucun doute le concurrent le plus coriace et je portais en grande estime le Quimpérois André Quéméré et le Morlaisien Roger Troadec ».

« Pas de problème de poids, Monsieur Jo ? ».

« Tu rigoles, Alain ! J’ai pris 3kg en 45 ans ! Je ne fais plus de vélo, certes, mais j’aide mon fils qui a repris la ferme et ce travail me permet d’entretenir ma forme ! 1,71m pour 72 kg, pas mal, non ? A bientôt ! ». En raccrochant, je m’imaginais alors, agenouillé dans la basilique de Sainte-Anne d’Auray en train de  chanter ce cantique dédié au Champion Morbihannais « Vos exploits d’ naguère nous les saluons/De notr’ Finistère jusqu’à Arradon/Chacun admirant chez l’ Roi d’Ploëren/Le sprint fulgurant d’Jo Le Douarin/Le sprint fulgurant…d’JO…Le…DOU…A…RIN ».

Alain Podeur membre du bureau de la Ronde 

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