Rétrospectives

Pierre-Henri Menthéour, la tête et les jambes

« Salut le Père ! C’est Pierre-Henri ! J’ai lu ton message sur le portable, c’est quel jour déjà la journée des retrouvailles avec les anciens lauréats de la Ronde ? Le 15 aout ! Oh, mer…, je serai en vacances dans le Sud ! Mais, bon, il peut y avoir du changement d’ici-là dans mon programme. Dans ce cas, j’arriverai au sprint à Plounéour-Trez, dans ton bled et celui de ton Président, qui plus est ! L’idée est géniale, P’tit gars ! ».

« Ma commune n’est pas un trou pommé, Pierre-Henri, voyons ! » ripostais-je, faussement offusqué, « Il s’agit quand même de la plaque tournante de la Côte des Légendes ! ». A cette seule évocation, j’imaginais aussitôt les « Chauvin ! Chauvin ! » Lancés par les Marcel, Jean-Jacques et consorts ! Un brin de curiosité me poussa à questionner l’ancien coéquipier de Joop Zootemelk et Laurent Fignon « Qu’êtes-vous devenu, cher ami ? ».

« J’habite à Rennes et j’exerce la profession de journaliste-caméraman indépendant ».

« Quelle victoire avez-vous le plus appréciée tout au long de votre carrière ? » lançais-je à celui qui avait totalisé plus de 80 succès dont 7 chez les Professionnels qu’il côtoya de 1982 à 1986. Une longue réflexion plus tard :

« Je te vois venir, le Père ! Certes, mon succès à Rodez lors de la 13ème étape du Tour de France 1984 m’avait procuré une joie intense, tu pensais à celle-là, n’est-ce pas ? Je pourrai te citer aussi la Flèche Finistérienne 1980, le Tour du Finistère 1992, le Bousquet 1993 ou encore le Circuit du Morbihan 1996 qui sont quand même des succès de prestige, tu es d’accord avec moi ? ». Mon « Oui » ferme l’incita à poursuivre « Tout cela se passait sur une journée, vois-tu, tandis que, lors de ma victoire en 1995 sur la Ronde, 12 épreuves figuraient au programme, une sorte de course à étapes en quelque sorte. Et je ne dis pas cela pour te faire plaisir, mon Grand ! Ah, Briec en 1991 ! Je n’étais pas le plus fort ce jour-là mais le plus malin certainement car j’avais beaucoup pédalé avec ma tête ! ».

« Impressionné par quelqu’un ou quelque chose sur la Ronde ? ». J’entendis un petit rire sarcastique où je crus déceler, pêle-mêle, gentillette moquerie et franchise.

« Toute vantardise mise à part, je ne craignais aucun coureur, un seul m’en a fait baver. J’ai souvenance de l’étape de Lanvéoc, en 1991, où je m’étais pris la tête avec le Mayennais Pascal Churin, un dur à cuire celui-là ! Avec l’aide de mon équipe, j’avais essayé de lui en faire voir de toutes les couleurs, de le provoquer, voire de l’endormir en queue de peloton ! Peine perdue, hélas, car, au sprint, il volait littéralement et il nous avait montré sa roue arrière. D’autre part, j’adorais l’épreuve de Saint-Jacques-en Guiclan et son sublime circuit, il régnait dans ce cadre bucolique une ambiance festive qui me remuait les tripes ».

« Traînassiez-vous après les étapes ? ».

« Certainement ! L’Ami Jackez nous faisait pisser de rire avec ses histoires abracadabrantesques. Quel engin ! Il aurait obtenu, haut la main, l’Oscar du Joyeux Drille ! ».

« Avez-vous un passe-temps favori, Pierre-Henri ? ».

« Le vélo, sans aucun doute ! Je roule au moins une fois par semaine, mais, à l’approche du Tour de France, je triple mes séances. J’ai une maison de campagne à Saint- Pabu, il m’arrive donc de tailler la haie et les arbres de la propriété. Je te dirai franchement que ce boulot ne me plaît pas du tout, çà en serait presque une corvée ! ».

« Vous qui venez d’avoir 52 ans, je crois, surveillez-vous toujours votre poids ? ».

« Pas de régime, Petit ! Mais je fais gaffe, quand même ! 75 kg pour 1,77 m ! Qu’est-ce que tu me demandes, le Père ? Es-tu trop gros avec 64 kg pour 1,62 m ? Mais non, vieux soldat, tu as de la marge avant de ressembler à une bouteille de Perrier, dors tranquille ! ». Je décidais sur-le-champ de m’offrir une barre chocolatée !

Alain Podeur membre du bureau de la Ronde

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